
(En photo, Littoral, de Wajdi Mouawad, en ce moment à Nantes, photo Thibaut Baron)
L’histoire se déroule lors de la présentation à la presse du nouveau spectacle de l’Opéra Nantes-Angers, Le Pauvre Matelot. Après les applaudissements, les politiques prennent la parole. Yannick Guin n’est plus adjoint à la culture à Nantes, mais chargé de la recherche et de l’enseignement supérieur. Il est quand même resté président d’Angers Nantes opéra. Bien vite, ce n’est plus le président qui parle mais l’éternel ministre de la culture de Jean-Marc Ayrault. Et de se lancer dans un vibrant hommage au travail des « médiateurs ». Non pas les artistes, mais ceux qui mettent les œuvres en contact avec le public. Il parle, en l’occurrence, des directeurs de grands établissements culturels de la place. « Nous avons la chance à Nantes d’avoir des personnalités de grande valeur, René Martin (La Folle Journée), Éric Boistard (l’Olympic), Jean Blaise (Le Lieu Unique) et Jean-Paul Davois, le directeur d’Angers Nantes opéra dont on parle moins, à tort », lance-t-il.
Oui, le carré de rois (pas de reine dans le lot) abattu par Yannick Guin connaît son métier et aussi le terrain nantais. Ils l’arpentent depuis des années, des décennies pour certains. Incontournables, incontestables, indéboulonnables. Quand Yannick Guin leur dresse des couronnes, c’est sa propre politique culturelle qu’il congratule. Quatre piliers seulement ? Pourtant, il y en a des dizaines d’autres, au Pannonica, à la Bouche d’air, au TNT, à l’Athanor, au Théâtre universitaire, dans des maisons de quartiers comme celle de Doulon ou des associations comme La Luna. Tout cela sans parler des communes voisines. Des dizaines d’acteurs qui n’ont pas la sécurité d’un matelas de spectateurs fidèles pour accomplir leur bonne action de démocratisation culturelle. Bien sûr, la Ville connaît leur travail et les soutient financièrement, mais la sélection faite par Yannick Guin révèle un point de vue pyramidal qui finit par fatiguer. Et si l’on veut s’en tenir à l’excellence artistique, comment ne pas mentionner le Grand T, responsable de l’événement culturel majeur de cet automne à Nantes, la venue de la troupe de Wajdi Mouawad pour une série de représentations de sa tétralogie théâtrale, Le Sang des promesses. Les week-ends des 10 et 17 octobre, le Grand T proposera les trois premières pièces du Sang des promesses à la suite, soit huit heures de spectacle et quel spectacle ! Philippe Coutant, le directeur du Grand T, ne revendique sans doute pas le qualificatif de médiateur au sens où Yannick Guin l’entend, n’empêche qu’il fait venir à Nantes le top mondial du théâtre. Y. P.
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