
Tout autour de Nantes, il y a des usines à viande. Les économistes les considèrent d’un seul regard et les nomment secteur agroalimentaire. Vaches, cochons, volailles entrent dans ces abattoirs et en sortent sous forme de barquettes pour les hypers ou de cartons pour l’export. La transformation de la viande est un des pôles industriels qui ont fait la fortune du grand Ouest. Vous pouvez lire cela dans tous les guides économiques. Anne Théron, artiste associée au Théâtre universitaire de Nantes, et Claire Servant, ont créé une pièce (théâtre ou danse, un peu des deux), Abattoirs, qui met en scène la parole de gens qui travaillent à l’intérieur de ces usines : ouvriers, contremaîtres… C’est court (40 mn), assez lent et pourtant très dense à cause de l’effet de répétition. Les trois acteurs, sans dialoguer, articulent des témoignages avec précaution, application, en reflet d’un étrange rapport au travail. On y entend beaucoup de souffrance physique, mais aussi la fierté qui entre toujours dans l’humain comme l’eau dans la moindre faille. Et beaucoup de renoncements, de résignation, de fatigue. Les paroles sont fortes, les sons bien choisis, le décor glaçant à souhait. La mise en scène aurait pu se passer de certains effets qui ressemblent à des concessions à la mode théâtrale, surtout quand on a vu des pièces de Joël Pommerat il n’y a pas longtemps. Il faudrait la jouer aussi dans ces cités où ces ouvriers ont acheté des maisons qu’ils peinent tant à payer. Ou, pourquoi pas, à l’entrée des centres commerciaux, là où finissent les fameuses barquettes de viande.
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