23 novembre 2009

La Folle Journée de Nantes transforme Chopin en avatar

Création LM Y&R photo Getty images, Pleyel
La Folle Journée de Nantes pourrait faire poser un vieux singe galeux sur son affiche, elle ne perdrait pas un seul de ses spectateurs. Ça n’empêche, on reste interloqué par le choix de cette image. Elle est supposée représenter Frédéric Chopin et George Sand éternellement amants dans l’univers intemporel des génies. Quelles circonvolutions peut prendre la réflexion d’un publicitaire pour aboutir à un tel désastre esthétique ? Cette image emprunte aux codes graphiques du jeu vidéo, elle nous montre des avatars dans un vaste loft au parquet luisant inondé par une lumière que laissent entrer de multiples baies vitrées. Le loft est meublé d’un unique piano à queue. Par une des fenêtres, on aperçoit le sommet d’un gratte-ciel paraît-il bien connu de Varsovie. Ce dernier détail, comme les lettres GEORGE sur le T-shirt de la jeune femme, font penser à des images-liens. En cliquant dessus, on devrait voir apparaître un autre personnage (un blonde polonaise) prêt à nous débiter les derniers potins sur la vie amoureuse du compositeur. Le tout est supposé plaire aux jeunes, établir la connexion entre le pianiste de génie et les amateurs de pop. Le résultat est aussi navrant que ces quinquagénaires qui disent «je kiffe» pour accrocher l’attention de leurs fils (ou peut être de leurs copines). Que voit-on dans cette image ? D’abord un décor tellement virtuel qu’il ne conviendrait même pas à une publicité pour des matériaux de second œuvre. Trop propre. Il est peut être assez aseptisé pour une compagnie d’assurance, une banque. Surtout, il évoque l’argent : par l’espace, la lumière (l’altitude), la brillance, le piano lui-même, le luxe potentiel à venir. Même en blue-jean les deux personnages ne peuvent cacher leur nature de Sims malfaisants. Tout ce qu’ils cherchent dans ce petit jeu, c’est gagner des points de fortune et de reconnaissance sociale, en se faisant passer pour des amateurs de musique.

1 commentaire:

  1. Moi qui ne suis pas du tout amatrice de jeux vidéo, mais par contre apprécie le musicien et connaissais évidemment sa vie amoureuse, ai trouvé percutante cette audacieuse composition ou collage.
    Artistiquement c'est réussi, je la contemplais à chacun de mes passages, découvrant de nouveaux indices, un peu comme on le ferait devant une image d'Epinal.
    Chopin est intemporel, son histoire avec George Sand pourrait faire l'objet d'un scénario mettant en scène un couple d'aujourd'hui.
    Chopin c'est nous, l'enfant du siècle et je ne vois aucun mal à le voir revêtir nos vêtements actuels.
    Il n'y a rien de malveillant car je ne pense pas que grand nombre de personne est saisi tout l'envers de ce décor, il y a de multiples références cachées (le prénom sur le T.shirt, le bulding) qui sont comme des énigmes à trouver. Et pour qui a un minimum de cultures, jouera avec plaisir à ce jeu de devinettes.
    Il ne faut oublier que ces affiches sont dans la rue et non dans un musée, elles attirent le regard, interrogent, on s'en souvient, elles font sourire, elles agacent certains.
    Bref, création réussie, Bravo!!!

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