20 octobre 2010

suspension de service

Non, notre administrateur web n'est pas en grève. Le silence observé depuis plusieurs semaines est du à la nécessité de réfléchir avant de continuer à pondre des articles... ou pas. Merci à ceux qui nous ont suivis. Rendez-vous pour la deuxième saison. Le tournage est en cours. Patience. Y. P.

30 août 2010

RV Erdre : jazz couche-tôt


Photo : Hélène Labarrière Quartet

Bilan personnel des rendez-vous de l’Erdre : un excellent concert de Roy Hargrove et plein les bottes de questions : pourquoi passer l’exigeant quintet d’Hélène Labarrière à un heure matinale le dimanche et offrir la belle scène nautique en plein après-midi aux trop sages étudiants de Kawa Circus ? Comment se satisfaire de laisser une large majorité des spectateurs hors de vue et d’écoute de China Moses samedi soir ou de Philippe Ménard le lendemain ? Pourquoi le RDV de l’Erdre sont-ils un festival de couche-tot avec un dernier concert le samedi soir sur la scène électro qui finit à 23 heures ? Pour le reste, l’ambiance retrouvaille d’après vacances est toujours sympathique, mais j’ai du manquer de bons concerts. N’étant pas fan de Django Reinhardt, je ne me suis pas dépèché. Arrivé juste à l’heure je n’ai rien entendu. Sur la scène blues, j’ai eu une exaspérante sensation de déjà écouté (petite mention pour le sympathique Alex de Vree qui a trusté les prix). Quant à la scène électro, comme ils ne fournissaient pas la drogue adéquate, mes neurones captaient mal. Pour finir, les chansons de Queen transformées en purée tiède par le Gros Cube… Bonne rentrée malgré les jambes lourdes.

Danse de fiers à bras


Ceux que la grande foule des RV de l’Erdre fatigue pouvaient quand même sortir, samedi, avec les Festiv’halles de Questembert. À moins d’une heure de Nantes, c’est une jolie fête de village avec apéro’municipal sur la grand place pour tout le monde à midi et quelques bonnes propositions artistiques dans le genre « art de la rue ». Parmi elles, celle de la compagnie de danse Tango Sumo, basée à Morlaix. Avec « Round 1 », ce sont trois garçons qui se provoquent et se traitent par tous les membres dans un ring reconstitué et autour d’une table. Pour faire bonne mesure, la table tourne. Une danse de fiers à bras qui a de la grâce.

10 juillet 2010

Moment de grâce sous les Soleils bleus


Les Soleils bleus de Saint-Herblain ont éclairé un moment unique, samedi 3 juillet, quand Rodolphe Burger et Hélène Labarrière se sont mis soudain à interpréter Billie Jean. Il y avait déjà eu du Jimmy Hendrix, du Lou Reed pendant la première moitié de leur concert. Tous à peine reconnaissables, fondus, recyclés, ébarbés d’effets inutiles, ces tubes redevenaient de la matière à mélodie dans lesquels le guitariste et la contrebassiste taillaient avec gourmandise, bientôt rejoints par Eric Truffaz. Le festival Soleils bleus, bien que resserré désormais sur quatre jours consécutifs, a réservé d’autres grands moments comme les Canadiens Misteur Valaire ou la rencontre afrobeat entre Kiala et la groupe Walko. Et Soleils bleus a gardé son cachet. C’est un festival sans fosse ni fossé entre la scène et le public, où le spectateur se sent libre.

Photo Marlène Maisonneuve. PS : au passage la photo m'y fait penser, il faudrait prêter un peu attention à l'esthétique de la scène. Cet ampli posé sur une boite entre les deux artistes, ni fait ni à faire comme dirait ma tante, si attentive à ses hortensias. Et puis cette bache noire derrière, ces énormes retours sur le devant. Je croyais que les enceintes acoustiques étaient miniaturisées maintenant. Or il y a toujours d'énormes retours qui transforment les artistes en hommes troncs quand on est prêt de la scène. Bon, j'arrête de râler. Y.P.

2 juillet 2010

C'était bien Dylan ?


Pour une bonne séance de sudation, j'avais le choix entre le hammam, une fonderie industrielle ou le Zénith de Nantes. Finalement, j'ai choisi le Zénith, ce musée ce cire de la musique non climatisé. En plus il y avait Bob Dylan. Heureusement, j'avais pris soin de prendre une paire de jumelle, car étant à 800 mètres à vol d'oiseau de la scène, au milieu d'une foule de baby-boomers bien sages, je voulais être bien sûr que c'était Robert Zimmerman lui-même. Comme la plupart des clients du Zénith je suis assez stupide pour payer 66 euros pour voir un mythe vivant. A la voix, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de Tom Waits qui aurait mangé une poignée de graviers arrosés de Tabasco. Mais c'était bien Dylan, ni bonjour ni au revoir, en uniforme d'officier créole derrière un orgue à la Charly Oleg et triturant ses chansons. Bon, le groupe de country-rock, derrière le monument vivant, était solide. Les fans avaient l'air content, moi aussi un peu. J'irai voir ZZ top mais pas Status Quo ou Deep Purple, faut pas exagérer.

25 juin 2010

Les cris des Spectorettes à Saint-Jean-de-Boiseau


Dimanche 20 juin, au soir, se tenait une sorte de fête de la musique à Saint-Jean-De-Boiseau. Petite scène à l’ombre de l’église, odeur de frites et ambiance village. Côté musique, rien à voir avec du patronage. Federico Pellegrini a joué avec ses Spectorettes, quatre jeunes femmes étonnantes de modestie et d’efficacité. Ce sont elles qui apportent l’odeur de souffre aux mélodies parfois plaintives du chanteur des French cowboys. Pas de doute, il reste le chef. Il tient la guitare. On aurait envie de lui dire «Lâche leur un peu la bride ». Mais il a peut-être raison. Dans ses chansons faussement simples, dans un univers qui m’évoquait les Modern Lovers, Syd Barrett ou John Cale, c’est cette précision qui touche. De jolis petits cris, juste au bon moment. Un bon moment, vraiment.

28 mai 2010

La Maison du port : lieu de lutte de classe ?


L’autre dimanche, je suis passé à deux reprises devant la désormais célèbre Maison du port de Lavaux-sur-Loire. La première fois, en milieu d’après-midi, plusieurs berlines et décapotables de grand prix étaient stationnées devant la modeste crêperie. La seconde fois, elles avaient décampé, nous sommes donc entrés. À l’intérieur, au lieu du décor chic et kitch auquel m’avaient préparé les articles de presse, régnait une ambiance de café de campagne, avec deux ou trois habitués, une taulière plutôt taciturne et quelques vieux en balade dominicale. Les rayonnages de bouquins et les jeux à disposition n’étaient pas là pour servir d’écrin à d’élégantes conversations, mais suggéraient le doux ennui de l’étier qui s’étire. Ce dimanche-là, ma compagne avait décidé de me montrer quelques coins secrets du pays entre Loire et Sillon où elle a passé son enfance. Maisons à l’abandon, lente reconstruction d’une église, petits chemins, écluses cachées… mais aussi l’interprétation contemporaine du paysage par les artistes de la biennale Estuaire. La Maison du port est devenue, par la magie médiatique, un symbole de la nouvelle légitimité esthétique de ce pays plat entre centrale électrique et raffinerie. Je me demandais si le coin allait à son tour succomber à la gentrification. Déjà dans les alentours, bien des granges ont été transformées en cottages bcbg, leurs petites fenêtres cédant place aux puits de lumières cher aux architectes. D’être entré dans la Maison du port m’a conduit à nuancer un jugement hâtif. Si on ne veut pas abandonner tout un patrimoine à la frénésie bobo et son cortège d’agents immobiliers, il faut y aller boire un coup. Comme lutte de classe, ce n’est pas désagréable.

14 mai 2010

Dans la hâte d'interdire

Nantes s’est hissée à la une, rubrique faits-divers – pardon « faits de société » - à deux reprises ces dernières semaines. La première fois pour une histoire de contravention contestée que la subtilité de notre ministre de l’intérieur a transformé en débat national sur la polygamie. La seconde, toute récente, après la mort accidentelle d’un adolescent qui revenait de l’apéro géant, place Royale. Notre député-maire a déclaré qu’il fallait juguler le phénomène des apéros géants. Par curiosité j’étais allé voir ce qu’était cette chose. Des lycéens par milliers, tassés comme des sardines place Royale et hurlant de joie. La vacarme m’a tellement abruti que j’ai songé avec sympathie qu’on pourrait bien délocaliser la place Royale à Notre Dame des Landes. Je n’avais pas vu une ambiance aussi joyeuse à Nantes, même pour Royal de Luxe. Un truc pour rien, juste pour le plaisir de mettre des corps derrière les pseudos de Facebook, de crier sa jeunesse un bon coup avant de sauter dans la vie adulte, son chômage et son Europe endettée. De retour du pub, une heure plus tard, j’ai à nouveau fendu la mêlée. L’atmosphère s’était un peu durcie, la faute au verre cassé par terre, aux écroulés qui ont eu les yeux plus gros que la panse. Mais toujours pas de violence et surtout beaucoup moins d’agressivité qu’à la sortie de certaines boites. Et puis un gamin s’est tué. Mon cerveau a réagi en père. J’ai repensé au discours d’un sociologue que j’avais entendu un an plus tôt, dans une conférence, en marge du Printemps de Bourges. Il parlait du phénomène du binge drinking, des rassemblements de jeunes dans les centres-villes, avec l’alcool. Il élaborait une théorie séduisante sur la disparition des rites initiatiques, comment la société ne tolérait plus le débordement, les coups de folie populaires, mais ne proposait rien en retour, n’offrait plus de lignes de fuite à l’imagination, ni cérémonie crédible, ni lieu pour la catharsis. Le plus sérieusement du monde, j’ai abordé le sujet avec mon fils (16 ans et pratiquant assidu de Facebook). Il a été indulgent avec moi. Il a souri et m’a répondu que l’idée consistait juste à organiser un événement exceptionnel. Par quelques coups de tam-tam sur Internet, créer une foule. La magie. Boire, au fond, est un prétexte, un agent coagulant les individus, avec, bien sûr toujours ses vertus euphorisantes capables de transformer un acnéique timide en superhéros. Alors interdire quoi ? Comment ? Arroser la foule avec des rampes d’incendies, balancer des lacrymogènes ? Ne faudrait-il pas aussi interdire la voiture les nuits du samedi au dimanche, compte tenu du nombre de jeunes qui se sont tués après la discothèque ? L’émotion appartient d’abord aux proches du jeune homme qui s’est tué. La parole politique se hâte trop d’interdire, ces temps-ci.

3 mai 2010

Brian Jonestown Massacre, mieux que les Doors


Le concert des Brian Jonestown Massacre s'est plutôt bien passé à l'Olympic, complet pour l'occasion. Anton Newcombe, le leader caractériel de ce groupe de légende, n'a pas daigné descendre dans le public pour casser un nez ou une dent. Pas de conflit notoire entre les musiciens non plus. Au centre, le fidèle Joel Gion se dandine avec ses tambourins. Sur le côté, Newcombe tricote avec une belle demi-caisse ses guirlandes électriques. Un abruti se prosterne devant lui. Dissimulé derrière sa mèche, il surveille du coin de l'œil un alignement de cinq guitaristes, avec l'intransigeance d'un patron de gauche. C'est là une belle exposition de guitares de collection, digne d'une vitrine du magasin Méchinaud. On n'a pas l'air de rigoler tout les jours dans la bande à Newcombe qui a éreinté plusieurs dizaines de musiciens. Le groupe égraine pourtant ses incroyables chansons, Oh Lord, Who, Servo… et tous ces bijoux bien ciselés. Pas de rappels, Monsieur a ses humeurs. Comme presque tout le monde, c'est en allant voir le documentaire Dig, d'Ondi Timoner, que j'ai découvert les BJM, reflet sans concessions des Dandy Wharols. Il n'empêche qu'en réécoutant les BJM, on se rend compte à quel point ce groupe est aussi important voire davantage que le néo-métal de Nirvana ou des Smashing pumkins. Dans la veine psychédélique, c'est presque mieux que les Doors.

27 mars 2010

Quand Pierrick Sorin se raconte


Le vidéaste Pierrick Sorin prépare un nouveau spectacle dans un des magnifiques studios de répétition de la nouvelle Maison de quartier Madeleine-Champ de Mars. Jeudi 25 mars, il invitait les habitants du quartier et n'importe qui d'autre à une petite conférence sur lui, son oeuvre et sur le travail en cours. Conférence est un terme inapproprié, car, il le reconnaît, la communication devant un public, c'est vraiment pas son truc. Mine de rien, le bonhomme va tout de même se confier pendant près d'une heure et demie, apparemment sans trop souffrir de l'effort. De temps en temps il joue même avec ses petites caméras, se livre à un bout de répétition avec son comédien, change l'éclairage, invite le public à murmurer pour figurer le fond sonore d'un vernissage d'exposition. Il ne fait pas semblant d'être gentil, interrompant souvent ses digressions d'un "bref!" avec l'air désolé, comme s'il n'était pas encore habitué à voir son mental prendre aussi facilement la tangente. Le public n'est plus un public, c'est un groupe de copains, prêt à partager cette bienveillance. Pierrick Sorin fait parfois un penser à Etienne Daho, genre le coeur sous la main, l'air timide, mais au fond animé d'une solide volonté. Il raconte ses débuts, montre ses premiers films "historiques", rend hommage à Bernard Rapp de l'avoir sorti du bois, dit sa tristesse de l'avoir perdu.Il explique qu'il n'a pas besoin de vivre ailleurs qu'à Nantes, même s'il est invité à exposer d'un côté ou l'autre de la planète. Il parle un peu du prochain spectacle, sorte d'autoportrait sous la forme d'un one man show. On pourra voir bientôt une exposition au Lieu Unique.

17 mars 2010

Hellfest et Puy du Fou : coopérez


Hellfest, le festival annuel de heavy metal de Clisson, est revenu sur le tapis lors de la campagne électorale. Philippe de Villiers a fustigé le soutien de la collectivité à ce « festival sataniste». Première observation : lors de l'édition 2009, tous les spectateurs n'étaient pas des adorateurs de Satan. En dépit des apparences, le festivalier moyen est plutôt calme et n'a rien d'un possédé. Pas une bagarre à signaler. Finalement, selon mes observations à ce jour, le Hellfest est moins dangereux qu'une fête d'étudiants en pharmacie ou qu'une kermesse municipale de mon enfance dans le bocage vendéen, où une rixe d'ivrogne était toujours au programme. Shining ou un film bien sanguinolent de Mel Gibson peuvent effrayer. Pas le Hellfest. Secondo : au lieu de critiquer, le Hellfest, Philippe de Villiers pourrait imaginer une coopération avec le Grand Parc du Puy du Fou. Les hardos scandinaves pourraient faire d'excellents acteurs ou des figurants dans le spectacle des vikings avec leurs long cheveux filasses et leurs tatouages. Les musiciens de Machine Head seraient du meilleur goût dans le spectacle du donjon. Marilyn Manson serait un Néron voire un Gilles de Retz très crédible. Inversement, je connais certains Puyfolais qui ne dépareilleraient pas au sein des Misfits ou de Killing Joke. Les festivaliers métalleux, venant de toute l'Europe, pourraient bénéficier d'un pass donnant accès au château des ducs et au spectacle du Puy du Fou. Bref autant coopérer au lieu de se critiquer. Autre observation : les Deftones, l'une des têtes d'affiche de 2010, est sans doute le meilleur groupe de métal à mon goût derrière Métallica.

16 mars 2010

Notre-Dame-des-Landes : rien à déclarer

La fusion expresse entre les listes écologiques et socialistes aux élections régionales des Pays de la Loire laisse un drôle de goût dans la bouche. Comme si, maintenant que les électeurs de Loire-Atlantique avaient bien voté, on venait leur dire que le projet d’aéroport n’était, au fond, pas si important. Qu’une ou deux vice-présidences de région valaient bien un petit arrangement sur un dossier parmi d’autres. Beaucoup de ceux qui ont voté Europe Écologie pour l’occasion risquent de se sentir trahis. Et ceux qui ont l’habitude de placer la défense de l’environnement en priorité verront d’un mauvais oeil cette compromission. Cet aéroport est-il indispensable ou pas ? Un désaccord sur la réponse à cette question marque un clivage essentiel sur la vision du développement économique de la région. Alors, à près de 13% des voix exprimées ne valait-il pas mieux marquer sa différence ?

26 février 2010

L'enjeu multiforme d'un paquebot MSC


Les paquebots de STX France ont fait cette semaine l’objet de toutes les attentions. Jeudi, le MSC Magnifica a été pris en otage jusqu’à la dernière minute par une CGT portuaire « hard core » s’opposant à la réforme portuaire. Rappelons que 86 agents du port de Nantes-Saint Nazaire doivent passer au privé tandis que l’avenir de la construction navale concerne près de 6 000 personnes. « Un armateur ainsi traité ne garde pas de bons souvenirs, sachant qu’il existe d’autres chantiers en Europe où les clients sont mieux considérés », notait Jacques Hardelay, le directeur de STX France avant l’ouverture in extremis de l’écluse Joubert.
Les paquebots sont aussi un sujet de fébrilité électorale. Mercredi, l’Elysée annonçait un accord entre MSC et STX pour la commande d’un paquebot attendu depuis l’été 2008. En fait rien n’est encore signé et c’est d’une lettre d’intention qui est en jeu et non pas une commande ferme. Cet empressement présidentiel, qui rappelle un peu la saga des Rafales brésiliens, a suscité de l’irritation à Saint-Nazaire. « Maintenant, MSC peut jouer sur le prix », déplore un syndicaliste. Gianluigi Aponte, le président de MSC s’est toutefois montré rassurant sur un dénouement rapide, tout en vantant la qualité du travail de STX France. « Tant que ce chantier sera compétitif, nous continuerons à commander nos paquebots ici. »
Si elle aboutit dans les prochains jours, la commande d’un sistership de la classe Fantasia, dotée de 1 751 cabines aurait l’avantage de relancer les ateliers en dix semaines, en mai au mieux. Mais il faut d’autres commandes pour nourrir pleinement le chantier. Un prototype est urgent pour les bureaux d’études, à sec. L’espoir demeure puisque les équipes projets sont sollicitées de toutes part et que le marché de la croisière a tenu bon. Potentiellement, tous les armateurs dont NCL, RCCL, Carnival sont susceptibles de commander, pour peu qu’ils obtiennent des garanties de financement. Dans le cas de MSC, c’est le levier des garanties Coface que l’Etat active. De nouveaux acteurs sur des bateaux plus petits peuvent aussi se révéler. Pour pouvoir mettre des navires en service à l’horizon 2013, c’est maintenant qu’il faut passer commande. Les experts doutent cependant que le marché puisse absorber 9 paquebots par an comme lors des belles années 2006, 2007. Au mieux c’est un volume de 5 à 6 qui est envisagé ce qui met en exergue une situation de surcapacité générale en Europe (photo : Bernard Biger, STX)

12 février 2010

La Campagne, son côté sauvage


En sortant de la Campagne, au TNT, jeudi soir, on écoute sa propre façon de parler. On se demande si n’est pas gagné, soi-même, par cette manière de se renvoyer les mots comme une paire de Chinois autour d’une table de ping-pong. Si on n’a pas soi-même, un truc trouble dans la tête, si cette façon d’écouter, répondre, devancer la pensée de l’autre ne cachait pas aussi un eu de cannibalisme sentimental. Du moment où je me suis assis dans la salle, mon pied gauche, pourtant dans une position bizarre, n’a plus bougé. Le texte de Martin Crimp traduit par Philippe Djian est un délice tout en tension et les trois acteurs de la compagnie nantaise la Folle Idée (mise en scène Guillaume Gatteau) n’en laissent pas perdre une miette, sans imposer un sens au spectateur. Dans la troisième et dernière partie, j’ai quand même ressenti un essoufflement, peut être à cause d’un dispositif végétal assez lourd pour ce petit plateau, qui empêche les acteurs de circuler. Ils la jouent encore ce vendredi 12 et samedi 13au TNT, et la reprendront dans le Off d’Avignon, en juillet.

5 février 2010

Esclavage et solidarité, une histoire de pourcentage ?


«10% de la population mondiale est encore réduite à la situation d’esclave ». La phrase Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine à la Ville (citée dans Ouest-France de ce vendredi 5 février) invite à considérer le futur mémorial de l’esclavage bientôt construit sur les quais de Loire comme un instrument de lutte contre l’esclavage moderne. Marie-Hélène Jouzeau fait référence à l’estimation du Bureau international du travail selon laquelle de 250 millions d’enfants sont mis au travail dont plus d’un quart dans des situations dangereuses. S’y ajoute l’exploitation sexuelle ou commerciale de personnes vulnérables. Mais Nantes métropole présente le futur monument surtout comme « parcours commémoratif ». Le cœur du sujet sera e rôle qu’a joué Nantes dans la traite négrière, non pas l’esclavage moderne. La conseillère municipale d’opposition, Sophie Jozan proteste contre le coût de ce mémorial (6,9 millions d’euros) comparé aux besoins actuels d’Haïti. La majorité municipale a rétorqué avec hauteur qu’il ne fallait pas opposer le devoir de mémoire et la solidarité, en rappelant qu’elle avait débloqué … 100 000 euros pour Haïti. Qui a envie de calculer le pourcentage ? Et la Ville d’assurer qu’elle soutient les associations nantaises qui aidaient Haïti à se reconstruire, « en agissant concrètement mais sans arrogance ». On aimerait bien croire qu’il n’y a pas la moindre arrogance à dépenser près de 7 millions d’euros dans un monument de prestige. D’un autre côté, les protestations de Sophie Jozan sonneraient plus justes si son parti ne défendait pas les expulsions massives de réfugiés économiques, une politique antisolidaire qui, elle aussi, coûte des millions au contribuable.

1 février 2010

« Big Sky »


Avant Noël, Nantes a congédié son urbaniste vedette Alexandre Chemetoff, pour divergences de vue, avec pour point d'orgue, le transfert du CHU sur l'île. La collectivité a peut être estimé qu'elle avait trop laissé la bride sur le cou de l'homme de l'art et que le politique devait reprendre le dessus. L'intéressé a expliqué dans la presse que l'on ne pouvait pas découper une tranche de l'île, comme une côtelette, sans vision d'ensemble. Le communiqué de presse de la Samoa (Sem chargée de l'aménagement de l'île de Nantes) lui a répondu en donnant au passage le montant des honoraires de l'urbaniste : 10 millions d'euros sur dix ans. Est-ce trop ? Est-ce normal ? Difficile de juger, de même que le bilan de son travail. A défaut de bilan officiel, chacun peut apprécier la transformation. Celui qui revisite l'île après 5 ans d'absence, sera surpris de l'évolution des lieux, surtout la pointe Ouest de l'île. On peut critiquer le caractère ultra-minéral, un respect fétichiste des reliques de l'industrie (grues, hangars…), l'école d'architecture la plus moche d'Europe, ou l'absence de commerces. En fait, ce n'est pas vraiment un morceau de ville mais un quartier d'activités avec des d'attractions touristiques. Côté qualités, il y a l'espace. « Le vide c'est important dans une ville. Il y a un espace vacant de 400 mètres entre les nefs et le quai de la Fosse, ce qui offre une grande quantité de ciel », expliquait Alexandre Chemetoff lors d'une visite de l'île de Nantes. Vrai et archi-vrai. Et c'est la plus grande qualité du projet.

30 janvier 2010

Une soirée avec Petra von Kant


Qu’est ce qui fait que Petra von Kant reste une actrice qui s’agite sur un plateau plutôt qu’un personnage dont les sentiments résonnent en nous ? Mon amie a été touchée par la détresse de l’amoureuse délaissée. J’en étais à me triturer la cervelle à chercher pourquoi Fassbinder avait préféré un personnage de femme dans cette situation où la riche et dominatrice Petra déchire son image et ses certitudes, par passion amoureuse. Autrement dit, je n’étais pas dans la pièce ! «C’est vraiment féminin». Mon amie a répondu à la question, mais à ce moment-là, je me disais que c’était à cause de la façon de jouer réaliste que j’étais resté face à un décor. Ça vaut vraiment le coup, quand même, grâce aux six actrices, excellentes, mais ne faites pas comme moi, soyez dans le tempo !

La Compagnie du Loup, du metteur en scène nantais Yvon Lapous, tient l’affiche de la chapelle du grand T, avec Les Larmes amères de Petra Von Kant (de Fassbinder), depuis le 20 janvier et encore jusqu’au 4 février.

29 janvier 2010

Makoto Ozone délire avec Chopin


Dès les trois premières notes, on comprend que ce pianiste à l’allure trop tranquille va nous conduire sur une autre planète. Makoto Ozone jouait à la Folle Journée de Nantes, jeudi, en toute fin de soirée, devant une audience clairsemée, des improvisations sur des thèmes de Chopin. Le jeune prodige a emmenés son monde dans un pays sans frontières esthétiques, là où les sonates prennent des accents ragtime et les mazurkas flirtent avec le rock’n roll. De quoi faire fondre tous ceux que le classique laisse de glace.

18 janvier 2010

Kritik constructive ?


« Critique : nom et adjectif : jugement esthétique, art de juger les ouvrages de l’esprit, les œuvres littéraires, artistiques (Petit Robert). » Ce petit journal édité à Nantes s’appelle Kritik, et donc, le lecteur s’attend à y trouver des critiques. Mais voilà, il n’y a même plus de surprise à être déçu. L’opuscule se révèle une pompe à pub de plus avec des textes cire-bottes, écrits comme des dossiers de presse. Les annonceurs sont contents ? Je n’en suis même pas sûr. Ici, il y a une traîtrise supplémentaire dans la mauvaise foi du titre. Une tromperie sur la marchandise, ça se dénonce. Des critiques ont existé autrefois, dans certains journaux, et quelques spécimens de l’espèce survivent encore. C’étaient (normalement, parce pas tous, évidemment…) des experts capables de donner un point de vue éclairé sur une œuvre grâce à la maîtrise d’un champ de référence esthétique, historique, ou social. Quelques noms mythiques : Roland Barthes, Bernard Dort, Léon Blum pour le spectacle, sans parler de littérature ou de cinéma. En s’appelant Kritik, ce petit journal s’adosse à cette histoire et fait croire au lecteur que son droit à l’intelligence appartient au passé. Y. P.

8 janvier 2010

Sad Peter Pan


A l'heure où toute la France pleure Philippe Seguin, il faut se souvenir (dans un genre radicalement différent) de Vic Chesnutt, mort le 25 décembre. De ce Rimbaud en chemise à carreau, il reste le souvenir de concerts mémorables, en 1996, dans une salle Paul Fort à moitié vide, puis en 2007 à la Barakason de Rezé. Cet orfèvre de la country-folk était alors diminué physiquement mais toujours aussi inspiré (North Star deserter) et dûment supporté par les musiciens de Thee Silver Mt. Zion et Guy Picchioto, guitariste de Fugazi. La première fois, Vic Chesnutt était venu assurer la promotion de « is the actor happy », l'un des meilleur disque des années 1990. On peut l'écouter des centaines de fois sans se lasser (notamment la ballade automnale «  Sad peter Pan »).

6 janvier 2010

Fiers d’être Nantais


Commentaire lapidaire de mon fils à la vue des affiches de la Ville pour les vœux de bonne année : « Si t’es fier d’être Nantais tape dans tes mains ! » Belle série de messages d’autosatisfaction et auto congratulations. Les Nantais seront ravis de se voir, dans ce miroir, si écolos, si dynamiques et généreux.