26 février 2010

L'enjeu multiforme d'un paquebot MSC


Les paquebots de STX France ont fait cette semaine l’objet de toutes les attentions. Jeudi, le MSC Magnifica a été pris en otage jusqu’à la dernière minute par une CGT portuaire « hard core » s’opposant à la réforme portuaire. Rappelons que 86 agents du port de Nantes-Saint Nazaire doivent passer au privé tandis que l’avenir de la construction navale concerne près de 6 000 personnes. « Un armateur ainsi traité ne garde pas de bons souvenirs, sachant qu’il existe d’autres chantiers en Europe où les clients sont mieux considérés », notait Jacques Hardelay, le directeur de STX France avant l’ouverture in extremis de l’écluse Joubert.
Les paquebots sont aussi un sujet de fébrilité électorale. Mercredi, l’Elysée annonçait un accord entre MSC et STX pour la commande d’un paquebot attendu depuis l’été 2008. En fait rien n’est encore signé et c’est d’une lettre d’intention qui est en jeu et non pas une commande ferme. Cet empressement présidentiel, qui rappelle un peu la saga des Rafales brésiliens, a suscité de l’irritation à Saint-Nazaire. « Maintenant, MSC peut jouer sur le prix », déplore un syndicaliste. Gianluigi Aponte, le président de MSC s’est toutefois montré rassurant sur un dénouement rapide, tout en vantant la qualité du travail de STX France. « Tant que ce chantier sera compétitif, nous continuerons à commander nos paquebots ici. »
Si elle aboutit dans les prochains jours, la commande d’un sistership de la classe Fantasia, dotée de 1 751 cabines aurait l’avantage de relancer les ateliers en dix semaines, en mai au mieux. Mais il faut d’autres commandes pour nourrir pleinement le chantier. Un prototype est urgent pour les bureaux d’études, à sec. L’espoir demeure puisque les équipes projets sont sollicitées de toutes part et que le marché de la croisière a tenu bon. Potentiellement, tous les armateurs dont NCL, RCCL, Carnival sont susceptibles de commander, pour peu qu’ils obtiennent des garanties de financement. Dans le cas de MSC, c’est le levier des garanties Coface que l’Etat active. De nouveaux acteurs sur des bateaux plus petits peuvent aussi se révéler. Pour pouvoir mettre des navires en service à l’horizon 2013, c’est maintenant qu’il faut passer commande. Les experts doutent cependant que le marché puisse absorber 9 paquebots par an comme lors des belles années 2006, 2007. Au mieux c’est un volume de 5 à 6 qui est envisagé ce qui met en exergue une situation de surcapacité générale en Europe (photo : Bernard Biger, STX)

12 février 2010

La Campagne, son côté sauvage


En sortant de la Campagne, au TNT, jeudi soir, on écoute sa propre façon de parler. On se demande si n’est pas gagné, soi-même, par cette manière de se renvoyer les mots comme une paire de Chinois autour d’une table de ping-pong. Si on n’a pas soi-même, un truc trouble dans la tête, si cette façon d’écouter, répondre, devancer la pensée de l’autre ne cachait pas aussi un eu de cannibalisme sentimental. Du moment où je me suis assis dans la salle, mon pied gauche, pourtant dans une position bizarre, n’a plus bougé. Le texte de Martin Crimp traduit par Philippe Djian est un délice tout en tension et les trois acteurs de la compagnie nantaise la Folle Idée (mise en scène Guillaume Gatteau) n’en laissent pas perdre une miette, sans imposer un sens au spectateur. Dans la troisième et dernière partie, j’ai quand même ressenti un essoufflement, peut être à cause d’un dispositif végétal assez lourd pour ce petit plateau, qui empêche les acteurs de circuler. Ils la jouent encore ce vendredi 12 et samedi 13au TNT, et la reprendront dans le Off d’Avignon, en juillet.

5 février 2010

Esclavage et solidarité, une histoire de pourcentage ?


«10% de la population mondiale est encore réduite à la situation d’esclave ». La phrase Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine à la Ville (citée dans Ouest-France de ce vendredi 5 février) invite à considérer le futur mémorial de l’esclavage bientôt construit sur les quais de Loire comme un instrument de lutte contre l’esclavage moderne. Marie-Hélène Jouzeau fait référence à l’estimation du Bureau international du travail selon laquelle de 250 millions d’enfants sont mis au travail dont plus d’un quart dans des situations dangereuses. S’y ajoute l’exploitation sexuelle ou commerciale de personnes vulnérables. Mais Nantes métropole présente le futur monument surtout comme « parcours commémoratif ». Le cœur du sujet sera e rôle qu’a joué Nantes dans la traite négrière, non pas l’esclavage moderne. La conseillère municipale d’opposition, Sophie Jozan proteste contre le coût de ce mémorial (6,9 millions d’euros) comparé aux besoins actuels d’Haïti. La majorité municipale a rétorqué avec hauteur qu’il ne fallait pas opposer le devoir de mémoire et la solidarité, en rappelant qu’elle avait débloqué … 100 000 euros pour Haïti. Qui a envie de calculer le pourcentage ? Et la Ville d’assurer qu’elle soutient les associations nantaises qui aidaient Haïti à se reconstruire, « en agissant concrètement mais sans arrogance ». On aimerait bien croire qu’il n’y a pas la moindre arrogance à dépenser près de 7 millions d’euros dans un monument de prestige. D’un autre côté, les protestations de Sophie Jozan sonneraient plus justes si son parti ne défendait pas les expulsions massives de réfugiés économiques, une politique antisolidaire qui, elle aussi, coûte des millions au contribuable.

1 février 2010

« Big Sky »


Avant Noël, Nantes a congédié son urbaniste vedette Alexandre Chemetoff, pour divergences de vue, avec pour point d'orgue, le transfert du CHU sur l'île. La collectivité a peut être estimé qu'elle avait trop laissé la bride sur le cou de l'homme de l'art et que le politique devait reprendre le dessus. L'intéressé a expliqué dans la presse que l'on ne pouvait pas découper une tranche de l'île, comme une côtelette, sans vision d'ensemble. Le communiqué de presse de la Samoa (Sem chargée de l'aménagement de l'île de Nantes) lui a répondu en donnant au passage le montant des honoraires de l'urbaniste : 10 millions d'euros sur dix ans. Est-ce trop ? Est-ce normal ? Difficile de juger, de même que le bilan de son travail. A défaut de bilan officiel, chacun peut apprécier la transformation. Celui qui revisite l'île après 5 ans d'absence, sera surpris de l'évolution des lieux, surtout la pointe Ouest de l'île. On peut critiquer le caractère ultra-minéral, un respect fétichiste des reliques de l'industrie (grues, hangars…), l'école d'architecture la plus moche d'Europe, ou l'absence de commerces. En fait, ce n'est pas vraiment un morceau de ville mais un quartier d'activités avec des d'attractions touristiques. Côté qualités, il y a l'espace. « Le vide c'est important dans une ville. Il y a un espace vacant de 400 mètres entre les nefs et le quai de la Fosse, ce qui offre une grande quantité de ciel », expliquait Alexandre Chemetoff lors d'une visite de l'île de Nantes. Vrai et archi-vrai. Et c'est la plus grande qualité du projet.