28 mai 2010

La Maison du port : lieu de lutte de classe ?


L’autre dimanche, je suis passé à deux reprises devant la désormais célèbre Maison du port de Lavaux-sur-Loire. La première fois, en milieu d’après-midi, plusieurs berlines et décapotables de grand prix étaient stationnées devant la modeste crêperie. La seconde fois, elles avaient décampé, nous sommes donc entrés. À l’intérieur, au lieu du décor chic et kitch auquel m’avaient préparé les articles de presse, régnait une ambiance de café de campagne, avec deux ou trois habitués, une taulière plutôt taciturne et quelques vieux en balade dominicale. Les rayonnages de bouquins et les jeux à disposition n’étaient pas là pour servir d’écrin à d’élégantes conversations, mais suggéraient le doux ennui de l’étier qui s’étire. Ce dimanche-là, ma compagne avait décidé de me montrer quelques coins secrets du pays entre Loire et Sillon où elle a passé son enfance. Maisons à l’abandon, lente reconstruction d’une église, petits chemins, écluses cachées… mais aussi l’interprétation contemporaine du paysage par les artistes de la biennale Estuaire. La Maison du port est devenue, par la magie médiatique, un symbole de la nouvelle légitimité esthétique de ce pays plat entre centrale électrique et raffinerie. Je me demandais si le coin allait à son tour succomber à la gentrification. Déjà dans les alentours, bien des granges ont été transformées en cottages bcbg, leurs petites fenêtres cédant place aux puits de lumières cher aux architectes. D’être entré dans la Maison du port m’a conduit à nuancer un jugement hâtif. Si on ne veut pas abandonner tout un patrimoine à la frénésie bobo et son cortège d’agents immobiliers, il faut y aller boire un coup. Comme lutte de classe, ce n’est pas désagréable.

14 mai 2010

Dans la hâte d'interdire

Nantes s’est hissée à la une, rubrique faits-divers – pardon « faits de société » - à deux reprises ces dernières semaines. La première fois pour une histoire de contravention contestée que la subtilité de notre ministre de l’intérieur a transformé en débat national sur la polygamie. La seconde, toute récente, après la mort accidentelle d’un adolescent qui revenait de l’apéro géant, place Royale. Notre député-maire a déclaré qu’il fallait juguler le phénomène des apéros géants. Par curiosité j’étais allé voir ce qu’était cette chose. Des lycéens par milliers, tassés comme des sardines place Royale et hurlant de joie. La vacarme m’a tellement abruti que j’ai songé avec sympathie qu’on pourrait bien délocaliser la place Royale à Notre Dame des Landes. Je n’avais pas vu une ambiance aussi joyeuse à Nantes, même pour Royal de Luxe. Un truc pour rien, juste pour le plaisir de mettre des corps derrière les pseudos de Facebook, de crier sa jeunesse un bon coup avant de sauter dans la vie adulte, son chômage et son Europe endettée. De retour du pub, une heure plus tard, j’ai à nouveau fendu la mêlée. L’atmosphère s’était un peu durcie, la faute au verre cassé par terre, aux écroulés qui ont eu les yeux plus gros que la panse. Mais toujours pas de violence et surtout beaucoup moins d’agressivité qu’à la sortie de certaines boites. Et puis un gamin s’est tué. Mon cerveau a réagi en père. J’ai repensé au discours d’un sociologue que j’avais entendu un an plus tôt, dans une conférence, en marge du Printemps de Bourges. Il parlait du phénomène du binge drinking, des rassemblements de jeunes dans les centres-villes, avec l’alcool. Il élaborait une théorie séduisante sur la disparition des rites initiatiques, comment la société ne tolérait plus le débordement, les coups de folie populaires, mais ne proposait rien en retour, n’offrait plus de lignes de fuite à l’imagination, ni cérémonie crédible, ni lieu pour la catharsis. Le plus sérieusement du monde, j’ai abordé le sujet avec mon fils (16 ans et pratiquant assidu de Facebook). Il a été indulgent avec moi. Il a souri et m’a répondu que l’idée consistait juste à organiser un événement exceptionnel. Par quelques coups de tam-tam sur Internet, créer une foule. La magie. Boire, au fond, est un prétexte, un agent coagulant les individus, avec, bien sûr toujours ses vertus euphorisantes capables de transformer un acnéique timide en superhéros. Alors interdire quoi ? Comment ? Arroser la foule avec des rampes d’incendies, balancer des lacrymogènes ? Ne faudrait-il pas aussi interdire la voiture les nuits du samedi au dimanche, compte tenu du nombre de jeunes qui se sont tués après la discothèque ? L’émotion appartient d’abord aux proches du jeune homme qui s’est tué. La parole politique se hâte trop d’interdire, ces temps-ci.

3 mai 2010

Brian Jonestown Massacre, mieux que les Doors


Le concert des Brian Jonestown Massacre s'est plutôt bien passé à l'Olympic, complet pour l'occasion. Anton Newcombe, le leader caractériel de ce groupe de légende, n'a pas daigné descendre dans le public pour casser un nez ou une dent. Pas de conflit notoire entre les musiciens non plus. Au centre, le fidèle Joel Gion se dandine avec ses tambourins. Sur le côté, Newcombe tricote avec une belle demi-caisse ses guirlandes électriques. Un abruti se prosterne devant lui. Dissimulé derrière sa mèche, il surveille du coin de l'œil un alignement de cinq guitaristes, avec l'intransigeance d'un patron de gauche. C'est là une belle exposition de guitares de collection, digne d'une vitrine du magasin Méchinaud. On n'a pas l'air de rigoler tout les jours dans la bande à Newcombe qui a éreinté plusieurs dizaines de musiciens. Le groupe égraine pourtant ses incroyables chansons, Oh Lord, Who, Servo… et tous ces bijoux bien ciselés. Pas de rappels, Monsieur a ses humeurs. Comme presque tout le monde, c'est en allant voir le documentaire Dig, d'Ondi Timoner, que j'ai découvert les BJM, reflet sans concessions des Dandy Wharols. Il n'empêche qu'en réécoutant les BJM, on se rend compte à quel point ce groupe est aussi important voire davantage que le néo-métal de Nirvana ou des Smashing pumkins. Dans la veine psychédélique, c'est presque mieux que les Doors.