
L’autre dimanche, je suis passé à deux reprises devant la désormais célèbre Maison du port de Lavaux-sur-Loire. La première fois, en milieu d’après-midi, plusieurs berlines et décapotables de grand prix étaient stationnées devant la modeste crêperie. La seconde fois, elles avaient décampé, nous sommes donc entrés. À l’intérieur, au lieu du décor chic et kitch auquel m’avaient préparé les articles de presse, régnait une ambiance de café de campagne, avec deux ou trois habitués, une taulière plutôt taciturne et quelques vieux en balade dominicale. Les rayonnages de bouquins et les jeux à disposition n’étaient pas là pour servir d’écrin à d’élégantes conversations, mais suggéraient le doux ennui de l’étier qui s’étire. Ce dimanche-là, ma compagne avait décidé de me montrer quelques coins secrets du pays entre Loire et Sillon où elle a passé son enfance. Maisons à l’abandon, lente reconstruction d’une église, petits chemins, écluses cachées… mais aussi l’interprétation contemporaine du paysage par les artistes de la biennale Estuaire. La Maison du port est devenue, par la magie médiatique, un symbole de la nouvelle légitimité esthétique de ce pays plat entre centrale électrique et raffinerie. Je me demandais si le coin allait à son tour succomber à la gentrification. Déjà dans les alentours, bien des granges ont été transformées en cottages bcbg, leurs petites fenêtres cédant place aux puits de lumières cher aux architectes. D’être entré dans la Maison du port m’a conduit à nuancer un jugement hâtif. Si on ne veut pas abandonner tout un patrimoine à la frénésie bobo et son cortège d’agents immobiliers, il faut y aller boire un coup. Comme lutte de classe, ce n’est pas désagréable.
Bonjour!
RépondreSupprimerJe passe régulièrement sur votre blog, et j'apprécie la qualité de vos articles.
Cependant, je constate et déplore que la parution de nouveaux articles se fait de façon de plus en plus irrégulière !
Simon P.